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Je suis François d’Aix de La Chaise. Mon nom ne vous dit rien, mais si je vous dis que je suis passé à la postérité sous le nom de « Père Lachaise », vous comprendrez que c’est cette dénomination qui a été donnée au cimetière au lieu de sa première appellation officielle : cimetière de l’Est ! C’est bien plus populaire et plaisant ainsi, non ? En fait je n’y suis pour rien. Moi, j’étais jésuite, et confesseur de Louis XIV (non, je ne trahirai pas le secret de la confession, même pour les historiens du XXIème siècle). Je suis mort en 1709 et le cimetière a été créé en 1803… Simplement, j’ai été l’occupant de cette colline qui appartenait aux jésuites, et où Louis XIV  se rendait quelques fois. Au moins, on se souvient de moi. Mais « Le père Lachaise », en France et dans le monde entier, bien au-delà de ma personne, est devenu un symbole : il rassemble des talents, des génies, de toutes les époques ; il y a des monuments étonnants et des trésors de beauté, de nostalgie, de romantisme ou de simplicité ; une atmosphère étrange y règne, tantôt de sérénité et de paix le long des allées courbes, tantôt les cris des corbeaux sur les tombes grises, ou tantôt même une excitation amoureuse et le baiser des amants…

De mon vivant, jamais je n’aurais pensé formuler pareilles choses. Imaginez, les jésuites… Notre fondateur, Ignace de Loyola avait ressenti l’impérieux appel à « aider les âmes ». En Aout 1534, c’est sur une autre colline parisienne, à Montmartre, sur le lieu du martyre de Saint-Denis, qu’il se retrouva avec six autres étudiants, décidant de se consacrer à Dieu, de faire vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Entre 1668 et 1679, c’est « la paix de l’église », et j’y suis un peu pour quelque chose : j’ai modéré le roi dans sa lutte contre les jansénistes.

Mais tout cela est très ancien, et l’histoire du Père Lachaise a peu de choses à voir avec celle de ma personne. Mon nom, peut-être, sonne familièrement aux oreilles des parisiens, et aujourd’hui à celles de tous ceux qui dans le monde se rattachent encore à l’histoire, aux hommes et femmes qui ont fait de leur vie une vocation, une œuvre, un temple…

Si vous souhaitez ancrer votre connaissance du cimetière à l’Histoire, allez plutôt écouter l’architecte qui fut chargé de le concevoir, et qui du reste y est enterré, Alexandre Théodore Brongniart.